Allez, ma rapide définition de la " décroissance " comme je l'entends : c'est cesser de faire de la croissance économique un Credo, la valeur des valeurs, l'objectif en soi, et tourner le regard et les efforts vers d'autres buts.
Je prends un exemple : en 2003, un célèbre pianiste mit fin, de propos délibéré, à sa carrière internationale, il " arrêtait la carrière telle qu'on l'entend habituellement ". Il sentait un besoin de rompre avec le " système de carrière ". De la musique, il conservait à la fois la construction de spectacles en " coopération ", et la communion avec le public grâce à des éléments extra-musicaux, allant gratuitement vers ce public pour diffuser de la musique à des groupes dans des hôpitaux, des lieux décalés. Ce faisant, il " se sentait en plein accord avec lui-même " ( source concertclassic.com ).
Il redistribuait ses propres cartes pour se sentir " en accord avec lui-même ", abandonnant un certain nombre d'avantages matériels et de notoriété qu'une carrière internationale peut procurer.
Et ça me rappelle une fable que l'on rencontre dans une publication de Albert Jacquard et qui dit ceci : sur un terrain de foot-ball africain, quand un joueur marque un but, il passe dans l'équipe adverse pour la suite du match ( jusqu'au prochain but éventuel ). Une équipe, à un moment, possède UN but de plus et UN joueur qui marque. Alors, on équilibre, l'autre équipe ayant UN but de moins mais recevant un joueur qui marque.
C'est comme si, au jeu de cartes, au lieu de la distribution aléatoire des cartes entre les quatre joueurs, on donnait, d'emblée, UN AS à chacun des joueurs, les autres cartes étant distribuées de façon aléatoire : chacun aurait une bonne chance de départ avec cet as, libre à lui ensuite de mener son jeu pour faire fructifier cette chance ( ceci est le point de départ de ce que l'on nomme " le Revenu d'Existence ", une somme forfaitaire allouée à chaque citoyen dès sa naissance et qui serait le support réel de la construction d'une vie - voir l'ouvrage de Yoland Bresson.
La concurrence acharnée entre les individus pour gagner plus, plus que l'autre, avoir encore plus en y laissant une partie de sa vie, ce n'est pas la seule voie : il y a aussi la voie de la coopération, de la redistribution dans une économie raisonnée qui sait définir des objectifs humains.